MON CORPS : UN ENNEMI DEVENU MON MEILLEUR ALLIÉ


Si toi aussi tu vis une relation étrange avec ton corps, peut-être que mon récit te parlera, te fera sourire et qui sait peut-être t'aidera ?


Ce matin j'ai fait un calcul : ça fait exactement 8760 jours que je déteste mon corps. Oui autant...


C'est simple tout a commencé à 9 ans et j'en ai actuellement 33.

"9 ans ? Mais c'est hyper tôt !" me direz-vous. Et pourtant c'est bien a 9 ans qu'on m'a dit pour la première fois quelque chose en rapport à mon corps : "Louise arrête de manger tu es déjà assez rondouillarde".


A 9 ans on comprend quoi de cette phrase ? Je suis différente ? C'est quoi être rondouillarde ? Ça a l'air d'être quelque chose de mal... J'ai fait quelque chose de mal ? Pourquoi je ne peux plus manger si j'ai faim ? Mais en fait mon corps est nul ? Pourquoi elle me regarde en fronçant les sourcils ?

Et voilà comment s'en sont suivis 24 ans de haine de mon corps...


J'étais enfant et j'avais déjà peur du regard des autres sur mon apparence : au moment de l'essayage des costumes pour les spectacles de danse, sur les photos scolaires, dans la cour de récré... J'avais l'impression d'être une mauvaise personne car je ne ressemblais pas aux autres petites filles toutes fluettes. Elles étaient sans cesse valorisées. Moi j'étais plus dodue, plus solide, plus formée comme une femme. En quoi était-ce mal au final ?


Vous savez c'est quoi le pire : en reprenant mon carnet de santé ma courbe de poids était tout à fait "normale" (si une norme existe vraiment) et dans la moyenne. Ainsi que ma taille. Et à cause de cette phrase je me suis montée tout un film durant toutes ces années...


A 11 ans j'ai eu mes règles et tout le lot qui va avec : de la poitrine, des fesses, des culottes tachées de sang, des poils... Je me suis transformée et bordel de me**e personne ne m'a vraiment expliqué ce qu'il se passait. Ma mère m'a donné une boite de serviettes hygiéniques en me disant "tu es une femme désormais, mets en une quand ça coule, si tu as mal dis moi et je te donnerai du Doliprane". Et vas-y que c'est abattu sur moi ce sentiment de honte. Alors non seulement je ne suis pas comme les autres car "rondouillarde" et c'est mal apparemment, mais en plus de ça je suis la seule de la classe à avoir du sang qui coule entre les jambes. Mais c'est quoi ce délire ?


Puis est arrivée l'adolescence et mon corps s'est affiné, pas assez à mon goût. Les autres filles étaient toujours plus minces, plus jolies, plus aimées des garçons. J'étais perdue, en colère, en souffrance. J'oscillais entre le "pourquoi pas moi ?" et le "mais pourquoi je devrais être comme elles ?"

Merci à certains membres de ma famille à la même période d'avoir chuchoté à ma mère alors que j'entendais très bien : "elle a des bonnes fesses Louise hein, elle mange pas un peu trop", "c'est marrant comme c'est la plus dodue de la famille, pourtant on est tous minces, elle tient ça de qui ?", "elle ne devrait pas mettre cette jupe on voit ses cuisses". Ça m'a légèrement enfoncé dans le mal-être...


Et après on s'étonne que j'ai fait une crise d'adolescence digne d'une scène de massacre à la Tarantino !


Jugements sur jugements, beaucoup de comparaisons, trop d'injonctions... Je suis issue d'une famille de femmes mal dans leur peau et pendant des années j'ai souffert avec elles et je me suis détestée. Je dois dire aussi que je n'étais pas toujours entourée des meilleur(e)s ami(e)s...


Vers 14 ans j'ai commencé mon premier régime. Avec tous les encouragements de ma famille forcément, j'allais enfin correspondre à la norme. A bientôt 33 ans je peux annoncer que j'ai fait plus de 20 régimes... Je les ai tous faits. Du truc absurde à celui qu'on appelle "rééquilibrage alimentaire" (mouais...). Pas une année n'est passée sans que j'en fasse un. Ou que je tente des défis sportifs extrêmes en espérant changer mon corps.

Et c'est connu comme le loup blanc : toutes ces contraintes et tous ces régimes se sont soldés par des échecs et des reprises de poids fulgurantes. Sans oublier le regard de déception de ma famille à chaque échec. Chaque régime emportait avec lui à chaque fois un peu plus de mon estime de moi-même et de ma confiance en moi.


J'ai eu une belle période de boulimie aussi...un souvenir atroce. Tout ça pour rentrer dans du 36...


En fait je n'avais pas besoin de changer, j'avais juste besoin que l'on me dise que j'étais bien comme j'étais. Que chaque personne est différente. Que la norme est une illusion absurde et sûrement pas une fin en soi. Que ma force c'est d'être MOI. Pas une autre. Juste MOI. Et que c'est ça qui me rendait belle. Mais comment voulez-vous que ces mots sortent de la bouche de personnes elles-mêmes en désamour de leurs propres apparences...



Comment mon regard sur moi a changé ?


C'est à la fois simple et compliqué : je suis devenue maman. Et ce corps que j'ai tant détesté, que je n'ai pas respecté, que j'ai haï, trop caché...ce corps là, ce héros, ce survivant...putain de merde il a donné la vie !

LA VIE !


Il a créé la plus belle chose que je n'ai jamais eu dans mes mains : ma fille.

Ce corps là, celui qui est "trop rondouillard" comme l'on commenté certains, celui qui ne mérite pas qu'on le montre, celui qui a été dénigré, c'est celui là même qui s'est dit : "Ok tu ne m'aimes pas, mais moi je t'aime Louise et je vais tout donner pour créer la vie en toi. Ne pense à rien je m'en charge et ça sera fabuleux."


Et pour ça je l'aime TELLEMENT désormais ! Il ne m'en voulait pas pour tout ce que je lui ai fait subir et il m'a apporté la plus belle chose au monde à mes yeux. Mon corps est d'une bonté infinie et je m'en veux de lui avoir infligé autant de choses.


Je ne dis pas qu'aujourd'hui je suis hyper à l'aise avec lui, il y a encore du travail pour m'affranchir du regard des autres et de la comparaison, retrouver une belle estime de moi. Les pensées réflexes ont la vie dure les ami(e)s, mais mon regard sur lui est désormais bienveillant et doux. Et ce corps à toutes épreuves est un FUCKING warrior. Sa force, sa beauté et son courage à travers toutes les épreuves de ces deux dernières années sont une source d'inspiration incroyable.


Toute cette prise de conscience c'est aussi parce que je ne veux pas transmettre à Ysé mon histoire et je souhaite qu'elle puisse être fière de qui elle est, dans toute sa singularité et en s'affranchissant du regard des autres.


Ce corps là je vais m'y loger encore des dizaines d'années, alors il est temps de l'aimer, de le chérir, de prendre soin de lui et d'arrêter de souffrir, de ne plus culpabiliser en mangeant ce qui me fait plaisir, de porter ce qui me fait envie et de ne plus écouter (imaginer ?) les remarques.


Se définir par une taille de vêtements ou un poids sur une balance est si réducteur, nous sommes tellement plus que ça. Le nombre de fois où je me suis dis que je serais plus heureuse le jour où j'aurais réussi maigrir. Mais c'est si con ahahah ! La vie est trop courte pour ça non ? J'ai tellement d'autres choses à vivre et à lui faire vivre.


Voilà mon histoire. Je pose ça là, sûrement comme une sorte de thérapie.

Et vous, racontez-moi, quelle relation entretenez-vous avec votre corps ?



1,510 vues1 commentaire

© Luizzati 2015 - 2019 | Tous droits réservés.