" MADAME, C'EST UNE FILLE ! "


Avoir une fille...je n'aurais jamais pensé que ça remuerait autant de choses en moi et que ça allait engendrer une remise en question si forte.


Je me souviens très bien de cette journée d'avril 2018. J'étais partie pour le rdv du 4 ème mois de grossesse chez ma sage femme. Raphael n'ayant pas pu se libérer j'y suis allée seule, simple rdv de routine, pas d'écho de prévue.


Durant le rdv je commence à me questionner sur le fait que je ne sentais pas encore le bébé bouger. Ma sage femme me propose alors de faire une petite écho rapidos pour me montrer la position du bébé afin de m'aider à visualiser l'intérieur et mieux ressentir les mouvements.


Au moment de l'écho elle me sort : "ooooh mais là je vois tout, je peux vous dire le sexe du bébé si vous voulez !".


Nous n'avions pas de préférence, vraiment aucune, mais nous voulions connaitre le sexe avant la naissance. Et je savais que Raphael ne m'en voudrait pas si je le découvrais avant lui.

"Madame, il n'y a pas de doutes, c'est une fille !"

En me rhabillant je me souviens avoir arboré un sourire de joie hyper niais qui n'a plus quitté mon visage durant une bonne heure. Ça y est je pouvais enfin faire plus connaissance avec le petit être qui habitait mon ventre. Une petite fille. Ma petite fille.


Ma petite fille....

Ma petite fille ??

MA PETITE FILLE !!!

UNE FILLE !!

OH BORDEL...


Une heure après l'annonce et après avoir appelé la terre entière pour annoncer la nouvelle, j'ai soudain pris conscience d'un enjeu que je n'avais pas vu venir et un poids énorme m'est tombé sur les épaules. Mes jambes sont devenues coton et je me suis vite arrêtée m'asseoir sur un banc pour reprendre mes esprits.


A ce moment là j'ai senti un vent de panique et beaucoup d'angoisses : comment allions nous réussir à éduquer notre fille loin des clichés et de la pression que nous ressentons en tant que femme ?



Je ne dis pas qu'élever un garçon est plus facile, les enjeux sont tout aussi complexes. Mais moi qui suis depuis plusieurs années en train de déconstruire certains schémas de pensées qui me pourrissent la vie, j'ai eu très peur de transposer sur elle tous ces modes de pensée acquis durant mon enfance, mon adolescence et ma vie de jeune femme. Ces modes de pensée qui m'ont vraiment étouffés dans ma féminité et contre lesquels je me bats encore aujourd'hui.



"Tu devrais faire régime, c'est plus beau une fille mince"

"Maquille toi tu es plus belle"

"C'est quoi ces jambes mal rasées ?"

"Oh Louise tu te tiens comme un mec sérieux reprends toi !"

"Les filles douces et discrètes c'est hyper sexy, ça plait plus aux garçons. Arrête de rire comme ça."

"Pourquoi tu es en baskets, une vraie fille ça porte des talons et des robes"

"Alors ça c'est un métier d'hommes tu n'y arriveras jamais"

"Les filles c'est moins fort que les garçons, laisse-moi porter ce carton"

"Une femme ça doit être aux petits soins avec son homme, c'est son rôle"

"Alors ça y est tu es fit, tu as retrouvé ton corps d'avant grossesse ? Faut pas tarder hein !"



Et j'en passe... Ces phrases ne datent pas de 1930, mais bien des trente dernières années. Certaines mêmes de ces derniers mois...



J'ai donc ressenti une énorme responsabilité sur mes épaules, celle de l'aider à s'épanouir en tant que petite fille libre d'agir, se vêtir, s'amuser, se mouvoir et penser à sa guise. Une petite fille qui s'aimerait comme elle est, sans donner d'importance au regard très critique de la société envers son image de femme.



J'ai eu peur de mal faire et je me suis mis une pression de malade....

Je vais être honnête ça n'a pas été facile, j'ai vraiment paniqué, j'ai eu peur de répéter ce que j'avais entendu ici et là. Toute cette angoisse a sûrement participé à la dépression que j'ai vécue durant ma grossesse et qui a continué après sa naissance. Ah pour le coup, tous mes traumatismes sont remontés à la surface et l'aide d'un professionnel m'a clairement permis de traverser cette tempête.

Qui a dit que toutes les grossesses étaient idylliques ?



A à peine 11 mois notre fille a déjà été confrontée à tellement de remarques sexistes de la part de son entourage proche ou non, comment est-ce possible ? C'est un bébé pourtant !



"N'écarte pas les jambes comme ça Ysé c'est pas beau pour une fille"

"Plus tard tu te maquilleras comme maman"

"Fais-toi jolie pour les garçons"

"Tiens un livre sur la mode car c'est important pour une petite fille d'aimer la mode"

"Ah elle aime bien les miroirs c'est bon signe, c'est qu'elle est féminine"

"C'est des vêtements de garçon que tu portes là"

"Elle sera poilue comme son père, la pauvre elle devra tout le temps s'épiler"

"Tu ne manges pas parce que tu veux faire régime pour cet été ?"

"Ta mère t'a acheté un petit train ? Tu es un garçon ?"

"Ah enfin tu es en rose, quelle belle petite fille !"



Non mais sérieux ????? Elle a 11 mois !! Suis-je la seule que ça choque ?



A chaque fois que je reprends les personnes qui balancent ce genre de phrases c'est toujours la même réponse : "Oh ça va c'est pour rire ! À son âge elle ne comprend pas !". Rien de pire que cette phrase pour m'énerver...



C'est en résolvant mes problèmes personnels et en avançant de mon côté qu'aujourd'hui j'agis sereinement avec elle, sans pression et angoisses. Je fais confiance à mon instinct féministe et m'éloigne au maximum des codes que l'on souhaiterait nous imposer. Nous faisons attention à nos paroles (certains réflexes ont la vie dure), nous communiquons beaucoup avec elle, nous agissons librement et...on em**rde les relous arriérés ! Nous voulons qu'elle puisse se sentir libre d'être qui elle veut.



Bref, nous avons une petite fille.

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